LES JUMEAUX : BONHEUR ET CHAGRIN


Peut-être te demandes-tu s'il n'est pas normal d'avoir du chagrin lorsque les corps en compagnie desquels on a vécu pendant des années disparaissent? Mais alors, combien de disparitions devrais-tu pleurer, s'il est vraiment légitime de souffrir quand ils disparaissent? Y as-tu jamais pensé? Le bonheur et le chagrin sont comme le jour et la nuit. Il faut s'y habituer, il faut y passer! Si tu les refuses, ils ne cesseront pas et si tu les désires, ils n'arriveront pas pour autant! Tous deux sont en rapport avec le monde physique, avec le corps. Ils n'affectent pas l'âme.

L'atman ne meurt pas, le corps s'en va. Penses-tu que ton chagrin à leur mort, rendra l'âme de tes ennemis heureuse? C'est une idée stupide! L'âme ne ressent ni joie ni douleur, sous aucune circonstance. Ce qu'il faut, c'est que les sens restent à leur place et il n'y a rien à craindre. Les distractions " jumelles ", que sont le bonheur et le chagrin proviennent du contact que tu as avec le monde objectif. Quand une personne te critique, tu en souffres et tu te mets en colère. Mais si tu n'entends pas ce qu'il dit sur toi, tu n'en souffres pas, cela ne te touche pas. Les sens qui se tournent vers le monde objectif sont donc la cause des jumeaux du bonheur et du chagrin.

Mets-toi l'armure du courage - thithiksha - et les coups du destin, les bons comme les mauvais, ne te toucheront pas! Thithiksha signifie égalité d'âme devant les contraires. C'est le privilège des forts et le trésor des braves que d'affronter la dualité avec témérité. Les faibles, eux, sont toujours agités comme les plumes de paon, et ils sont incapables de rester tranquilles un instant. Ils se balancent comme des pendules d'un côté et de l'autre, une fois vers la joie... l'autre vers la douleur.

En général, les hommes ne recherchent que la joie et le bonheur. Ils ne désirent le chagrin ni la douleur à aucune condition. Ils traitent la joie et le bonheur comme ses meilleurs amis et le chagrin et la douleur comme ses ennemis directs. C'est une grosse erreur. Quand une personne est heureuse, le risque de souffrir est encore plus grand. La peur de perdre ce bonheur la ronge. Tandis que le chagrin l'incite à discriminer, à s'auto-analyser et à craindre que des choses pires encore puissent lui arriver. Cela la sort de sa torpeur et de sa morgue. Le bonheur fait oublier à l'individu ses devoirs envers lui-même en tant qu'être humain et le pousse à commettre tous les péchés qui en sont la conséquence. Tandis que le chagrin le rend alerte et vigilant.

Le chagrin est donc le meilleur ami de l'homme. La joie finit par diminuer la réserve des mérites qu'il a accumulés et réveille ses passions inférieures. C'est donc son pire ennemi. Le chagrin est un révélateur qui le force à penser et à devenir meilleur. Il lui apporte également de nouvelles expériences qui l'enrichissent. Quant au bonheur, il tire un voile sur les expériences passées et l'endurcit. Il faut donc traiter les soucis et les difficultés comme des alliés, et non comme des ennemis. Le mieux est de considérer le bonheur et le chagrin comme des dons du Seigneur. C'est la Voie du Salut. En réalité, la joie et la douleur sont semblables à l'aveugle qui doit toujours être accompagné. Quand tu vois l'aveugle, tu peux être certain que celui qui voit l'accompagne car c'est son camarade inséparable. Le bonheur et le chagrin donne plus de prix au bonheur. C'est grâce à ce contraste que tu peux être heureux. Voilà ce que dit Krishna à Arjuna pour lui enseigner l'inconsistance de la dualité.

Dieu et son disciple ( Gita vahini ) par Sathya Sai Baba p.13-36-37-38